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Crise et Consentement : Les Ficelles Invisibles de la Communication Politique

Crise et Consentement : Les Ficelles Invisibles de la Communication Politique

Olivier
Olivier
il y a 2 jours
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Généré par IA
« La communication politique a remplacé le rêve par la stratégie. »

On nous parle souvent de l'information, de la transparence, de la démocratie. Mais que se passe-t-il lorsque la communication, loin d'éclairer, cherche avant tout à modeler nos perceptions, à fabriquer notre consentement, surtout en temps de crise ? C'est une question que tout citoyen un tant soit peu attentif doit se poser, car les cas concrets ne manquent pas, et les leçons sont parfois amères.

Quand la parole publique devient un instrument de maîtrise

La communication de crise, en politique comme en entreprise, est un art délicat, un exercice d'équilibriste sur le fil tendu entre vérité et perception. Son objectif officiel ? Informer, rassurer, restaurer la confiance. Son objectif officieux, parfois ? Contrôler le récit, canaliser les rumeurs, et, soyons clairs, influencer l'opinion publique. N'est-ce pas là que la frontière entre information légitime et manipulation subtile commence à s'estomper ?

Prenons l'exemple de la gestion de la crise du COVID-19 en France. Dès les premiers mois, une multiplicité d'acteurs (politiques, administratifs, autorités médicales) s'est exprimée, créant une polyphonie qui, pour certains, a révélé l'aspect erratique de la gestion. Face à cette communication « mosaïque », la question de la réception par les citoyens et des formes de résistance s'est posée avec acuité. Le gouvernement, pour sa part, a tenté de maintenir une parole qui porte, un défi constant pour tout exécutif démocratique. Mais à force de vouloir tout maîtriser, n'a-t-on pas parfois créé l'effet inverse ?

L'art de la diversion et du recadrage : une vieille recette toujours d'actualité

La « fabrication du consentement », un concept popularisé par Edward Herman et Noam Chomsky, n'est pas une nouveauté. Dans leur essai de 1988, ils démontrent comment les médias peuvent servir de système de propagande, notamment en filtrant et manipulant l'information pour promouvoir certaines idéologies ou légitimer des politiques. Sans aller jusqu'à parler de propagande au sens le plus sombre du terme, il serait malhonnête de ne pas reconnaître l'existence de stratégies similaires, plus ou moins assumées, dans notre paysage politique actuel.

Un cas d'école dans les annales françaises reste l'affaire du sang contaminé dans les années 80. La minimisation initiale du danger par les autorités a conduit à une décrédibilisation profonde de la parole publique en situation de crise. La transparence, dont on vante tant les mérites aujourd'hui, est la conséquence directe de ces erreurs passées, non pas une vertu innée de la communication politique. On se souvient aussi de l'ex-paquebot le France en 2007. Greenpeace a réussi à attirer l'attention des médias sur l'amiante qu'il contenait, transformant un démantèlement en Inde en une crise environnementale et médiatique. La capacité à recadrer le débat, à déplacer les projecteurs, est une constante. Face à une accusation de pollution, une entreprise qui nierait en bloc sans preuve tangible verrait le public s'indigner et sa réputation s'effondrer. N'est-ce pas ce que l'on observe parfois dans le monde politique quand une affaire éclate ?

Quand le silence parle plus fort que les mots

Il est fascinant de constater comment, parfois, l'absence de communication ou une communication tardive peut paradoxalement fabriquer un certain type de consentement : celui de la suspicion, de la rumeur, voire de la défiance. En 2018, le scandale Cambridge Analytica a éclaboussé Facebook. La fuite massive de données personnelles de 87 millions d'utilisateurs, exploitées à des fins politiques, a mis en lumière les failles du géant des réseaux sociaux. La réaction ? Un silence radio du PDG pendant cinq jours, suivi d'excuses en demi-teinte. Résultat : une perte de confiance massive. La leçon est claire : en matière de crise, le vide est toujours rempli, et rarement à votre avantage.

Dans le domaine politique, qui ne se souvient pas de certaines affaires où le mutisme initial d'un responsable a nourri toutes les spéculations ? L'affaire Fillon, par exemple, a commencé comme une crise judiciaire mais s'est rapidement transformée en crise éthique. Le refus de changer de politique malgré la mobilisation sociale, comme on l'a vu en 2009 avec le président de l'époque face aux manifestations, est aussi une forme de communication, celle de la fermeté, qui cherche à imposer un récit, une ligne, quitte à laisser l'opinion s'agiter. Est-ce de la conviction ou de l'entêtement stratégique ? La question reste ouverte.

L'éthique à l'épreuve du réel : un chemin de crête

Force est de constater que la communication de crise, pour être efficace et éthique, doit s'appuyer sur des principes fondamentaux : la dignité, la conscience, l'indépendance, la probité et l'humanité. Le communicant se doit de ne diffuser aucune information qu'il soupçonne fausse ou trompeuse. Pourtant, la tentation est grande de « ne pas dire toute la vérité », comme le suggérait Jules Renard, ou de « faire entrer la vérité dans une éthique de la communication de crise » en se contentant de l'absence de mensonge. Mais une absence de mensonge est-elle synonyme de vérité complète ?

Les cyberattaques, comme celle qui a touché France Travail en février 2024, exposant les données de 43 millions d'utilisateurs, sont des exemples récents où la réactivité et la transparence sont devenues cruciales. L'entreprise a rapidement mis en place une cellule de crise digitale et une campagne de sensibilisation pour minimiser les conséquences. C'est une démarche factuelle, proactive, qui cherche à rassurer en agissant. Mais même dans ces cas, le diable se cache dans les détails. Quelle est l'étendue réelle de la brèche ? Toutes les informations sont-elles divulguées ? Ces questions, légitimes, nourrissent le débat public et mettent à l'épreuve la solidité de la communication.

Au-delà des slogans, la nécessité d'une vigilance citoyenne

En définitive, la communication de crise et la fabrication du consentement ne sont pas des concepts abstraits réservés aux manuels de sociologie. Ce sont des réalités concrètes qui façonnent notre quotidien politique. Des entreprises comme Johnson & Johnson avec l'affaire Tylenol, misant sur une transparence radicale pour regagner la confiance, ou des marques comme Starbucks gérant habilement un bad buzz, montrent qu'une communication honnête et rapide peut être salvatrice. À l'inverse, les échecs, comme celui de Pepsi avec Kendall Jenner, soulignent les dangers d'un mauvais alignement stratégique.

Alors, que nous disent ces exemples ? Que la communication politique a souvent relégué les grands récits au profit de la tactique de survie et des messages clivants. Que dans un monde hyperconnecté, chaque mot, chaque silence, chaque image est scruté et peut avoir des conséquences immenses. En tant que citoyens, notre rôle n'est pas de subir passivement ce flux d'informations, mais de développer une « autodéfense intellectuelle », de renforcer notre « littératie médiatique ». Car au fond, n'est-ce pas à nous de décider si nous voulons être de simples récepteurs ou des acteurs éclairés de notre démocratie ?

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