Crises et consentement : la fabrique de l'opinion à l'épreuve du réel

Crises et consentement : la fabrique de l'opinion à l'épreuve du réel

Olivier
Olivier
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Généré par IA

L'art délicat de dompter la tempête médiatique

Imaginez un instant : votre maison prend feu. Les flammes lèchent le toit, la fumée s'échappe par les fenêtres. Votre première réaction serait-elle de vous soucier de la couleur des rideaux, ou plutôt d'appeler les pompiers ? En politique, face à une crise, la tentation est grande de se concentrer sur l'image, sur le discours, avant même d'éteindre l'incendie. Et si la communication de crise n'était finalement qu'une tentative, parfois désespérée, de fabriquer un consentement, même fragile, face à l'adversité ?

Quand le chaos devient matière à modeler l'opinion

La communication de crise, c'est un peu le service après-vente du pouvoir. Quand tout va bien, les ministres paradent, les chiffres sont rosés, les promesses pleuvent. Mais qu'arrive-t-il lorsque le grain de sable enraye la belle machine ? Un scandale éclate, une catastrophe naturelle frappe, une décision impopulaire doit être justifiée. C'est là que l'art de la communication de crise prend toute sa dimension, transformant le chaos en une matière malléable pour tenter de préserver la légitimité, voire d'influencer directement la perception publique. Force est de constater que la maîtrise de cet art est devenue une compétence cardinale pour tout acteur politique qui se respecte. Est-ce là une fatalité, ou une dérive dangereuse pour la démocratie ?

Prenez le cas, emblématique, de la gestion de la crise sanitaire du Covid-19 en 2020. Au début, l'inconnu, la peur, et une communication hésitante. Qui se souvient des discours contradictoires sur le port du masque ? « Inutile », puis « obligatoire », le tout en quelques semaines. Cette cacophonie initiale a-t-elle miné la confiance du public, ou était-elle le reflet d'une situation inédite où chacun tâtonnait ? Quoi qu'il en soit, l'objectif était clair : obtenir l'adhésion des citoyens aux mesures restrictives, qu'il s'agisse des confinements ou de la vaccination. On a vu se déployer une rhétorique forte, martelant la nécessité de « faire corps », de « protéger les nôtres ». C'était une véritable pédagogie de l'urgence, parfois frontale, parfois plus subtile, visant à fabriquer ce consentement indispensable à l'efficacité des politiques publiques. Mais le consentement, est-ce la même chose que l'adhésion éclairée ? La question mérite d'être posée.

L'ingénierie du message : entre faits et récits

La fabrique du consentement ne s'arrête pas à la simple information – ou désinformation, diront certains. Elle passe par une véritable ingénierie du message. Chaque mot est pesé, chaque image est scrutée. On ne parle plus de « réforme impopulaire », mais de « transformation nécessaire ». Les « coupes budgétaires » deviennent des « optimisations de dépenses ». C'est un jeu sémantique incessant, dont l'objectif est de présenter une réalité sous un jour favorable, ou du moins acceptable, par le plus grand nombre. Est-ce que cela signifie manipuler le public ? Il serait malhonnête de prétendre que l'intention est toujours malveillante. Souvent, il s'agit de simplifier des enjeux complexes pour les rendre accessibles, ou de rassurer face à l'incertitude.

Pensons à la crise du pouvoir d'achat, un serpent de mer politique qui refait surface régulièrement. Face à l'inflation galopante de 2022-2023, la communication gouvernementale a cherché à mettre en avant les « boucliers tarifaires », les « aides ciblées », les « chèques énergie ». L'idée n'était pas de nier la difficulté, mais de montrer que des solutions étaient mises en place, que le gouvernement agissait. On a vu des ministres se succéder sur les plateaux, répétant inlassablement les mêmes éléments de langage. L'objectif ? Créer un récit rassurant, un sentiment de maîtrise, même lorsque la réalité économique restait douloureuse pour de nombreux foyens. Le message est clair : « Nous sommes à vos côtés », et le consentement est recherché dans la confiance accordée à cette action.

« La seule façon d'éviter d'être manipulé est de comprendre comment la manipulation fonctionne. » - Noam Chomsky, même s'il n'a pas dit ça exactement comme ça, l'idée est là.

Les pièges de l'émotion et de l'urgence

Quand une crise surgit, l'émotion est souvent à son paroxysme. Peur, colère, indignation... Ces sentiments sont des leviers puissants dans la fabrique du consentement. En jouant sur l'urgence, en dramatisant une situation, on peut plus facilement obtenir l'adhésion à des mesures qui, en temps normal, seraient soumises à un débat plus approfondi. Qui oserait critiquer une décision prise pour « sauver des vies » ou pour « protéger la nation » ? C'est le ressort de ce que certains appellent la « démocratie d'urgence », où le temps de la réflexion collective est court-circuité par la nécessité d'agir vite. Le fameux « quoi qu'il en coûte » de la crise sanitaire est un exemple frappant de cette logique. Il a permis de justifier des dépenses colossales, des restrictions inédites, au nom de l'impératif sanitaire. Le consentement, dans ce cas, était largement fondé sur la peur et la solidarité. Mais une fois l'urgence passée, ces consentements forgés dans le feu de l'action résistent-ils à l'examen critique ?

On pourrait également évoquer les crises environnementales. Face à un événement climatique extrême, une inondation dévastatrice par exemple, la communication politique va immédiatement mettre l'accent sur la solidarité nationale, l'aide aux victimes, la reconstruction. Et c'est bien normal ! Mais cette séquence émotionnelle peut aussi servir à masquer des questions plus profondes sur les causes de ces catastrophes, sur les politiques d'aménagement du territoire, sur la responsabilité des acteurs économiques. L'urgence du moment peut reléguer au second plan les débats de fond, fabriquant un consentement temporaire à des mesures correctives, sans pour autant résoudre les problèmes structurels. C'est un peu comme mettre un pansement sur une jambe de bois : ça soulage un temps, mais ça ne soigne pas le mal en profondeur.

La résistance du réel et l'usure du discours

Mais la fabrique du consentement n'est pas une science exacte, et elle se heurte souvent à la résistance du réel. Un discours trop déconnecté des faits, des promesses non tenues, ou une accumulation de crises mal gérées peuvent rapidement user la confiance et transformer le consentement en défiance. Les citoyens ne sont pas des robots. Ils observent, ils comparent, ils subissent les conséquences des décisions politiques. Et à force de voir le décalage entre le récit officiel et leur quotidien, le doute s'installe. Les « éléments de langage » finissent par sonner creux, et l'efficacité de la communication de crise s'érode.

Le mouvement des Gilets Jaunes, en 2018, en est une illustration parfaite. Face à une taxe sur les carburants présentée comme une mesure écologique nécessaire, une partie significative de la population a exprimé un refus catégorique, se sentant incomprise et méprisée. La communication gouvernementale, initialement axée sur la pédagogie et la « transition écologique », s'est heurtée à une réalité sociale et économique profonde. Le consentement n'a pas été fabriqué, il a été rejeté avec force. Ce cas nous rappelle que la communication, même la plus sophistiquée, ne peut pas toujours supplanter le vécu et les aspirations des citoyens.

Alors, que retenir de cette danse complexe entre communication de crise et fabrication du consentement ? Est-ce une fatalité inhérente à la vie politique, où le pouvoir doit toujours chercher à convaincre, à rallier ? Ou bien est-ce une dérive potentiellement dangereuse, où le discours prend le pas sur la vérité, où l'émotion supplante la raison ? Sans doute un peu des deux. Une chose est sûre : le citoyen averti, celui qui s'interroge, qui croise les sources, est le meilleur rempart contre les tentatives, parfois bien intentionnées, parfois plus ambiguës, de modeler son opinion. C'est à nous, en tant qu'observateurs, en tant que citoyens, de maintenir une vigilance constante face aux récits qui nous sont proposés. Car au final, le consentement, pour être démocratique, doit être libre et éclairé.

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