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La crise du GIEC : quand la science climatique bute sur les réalités géopolitiques

La crise du GIEC : quand la science climatique bute sur les réalités géopolitiques

Olivier
Olivier
Publié le 03/11/2026
7 min de lecture
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Introduction

Alors que la planète fait face à un réchauffement climatique « catastrophique », le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est secoué par une crise institutionnelle majeure. Le débat autour du report de la publication de son prochain rapport, prévue initialement en 2028, révèle les profondes tensions géopolitiques qui entravent la lutte contre le changement climatique et menacent l'intégrité de la science.

Le contexte : un organisme scientifique fragilisé

Le GIEC, créé en 1988 par l'ONU et l'Organisation météorologique mondiale, a pour mission de synthétiser les connaissances scientifiques sur le climat afin d'éclairer les décideurs politiques. Ses rapports d'évaluation, fruits du travail de milliers de scientifiques, servent de base aux négociations internationales sur le climat. Cependant, l'institution est de plus en plus prise en étau entre l'urgence climatique et les intérêts divergents des États membres.

Le 6e rapport d'évaluation du GIEC, dont le troisième volet sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre a été publié en avril 2022, a souligné la nécessité de réduire les émissions nationales de 43% d'ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Malgré ces alertes répétées, les émissions mondiales continuent d'augmenter.

Le cœur du problème : un bras de fer sur le calendrier de publication

La crise actuelle a éclaté à la mi-octobre lors d'une réunion des instances dirigeantes du GIEC à Addis-Abeba, en Éthiopie. Un groupe de pays, mené par l'Arabie saoudite, la Russie, l'Inde et la Chine, a fait pression pour que la publication du prochain rapport, le septième cycle d'évaluation (AR7), soit repoussée de 2028 à 2029. Cette initiative a suscité l'inquiétude de nombreux scientifiques et observateurs, qui y voient une tentative délibérée de retarder l'accès aux dernières connaissances scientifiques au moment crucial des négociations internationales.

Les motivations derrière ce report sont multiples. Pour certains États fortement dépendants des énergies fossiles, comme l'Arabie saoudite et la Russie, il s'agit de faire obstruction aux recommandations qui pourraient remettre en cause leurs modèles économiques. La Chine et l'Inde, quant à elles, pourraient chercher à préserver leurs marges de manœuvre en matière de développement économique, encore largement basé sur les énergies carbonées.

Les enjeux : entre science et politique

Ce bras de fer sur le calendrier de publication met en lumière la nature hybride du GIEC, à la fois organisme scientifique et instrument politique. Les sessions plénières, où se prennent les décisions, rassemblent des diplomates et des représentants des États, et non uniquement des scientifiques. Cela ouvre la porte à des considérations géopolitiques qui peuvent primer sur l'urgence des conclusions scientifiques.

Le report des rapports du GIEC risque de « faire perdre la clarté du message, voire de le rendre incohérent », selon l'expert Roland Séférian. De plus, l'absence de budget pour les prochaines réunions de travail des groupes d'auteurs, notamment celle du groupe 2 prévue en janvier 2027, fait craindre un retard concret des travaux. Si l'AR7 n'est pas publié en 2028, cela pourrait « compromettre davantage la diplomatie climatique, déjà fortement malmenée par les tensions géopolitiques, le retour des guerres et des impérialismes à l'ère du carbofascisme », selon Vincent Lucchese, journaliste à Reporterre.

La situation est d'autant plus préoccupante que d'autres rapports récents ont mis en évidence la multiplication des fronts géopolitiques et des crises internationales. La guerre au Moyen-Orient a entraîné une flambée des prix de l'énergie en Europe, et les tensions entre la Chine et Taïwan restent vives, l'armée américaine se préparant à une éventuelle invasion chinoise d'ici 2027. Dans ce contexte de crises multiples, la capacité des États à s'entendre sur des actions climatiques ambitieuses est mise à rude épreuve.

Conclusion

La crise que traverse le GIEC est symptomatique des difficultés rencontrées par la communauté internationale pour faire face au changement climatique. Les intérêts nationaux et les considérations économiques et géopolitiques continuent de peser lourdement sur les décisions, parfois au détriment de l'urgence scientifique. La dilution du message scientifique et le report des échéances risquent de saper davantage la confiance dans les institutions multilatérales et de freiner une action climatique déjà jugée insuffisante. L'intégrité et l'indépendance du GIEC sont plus que jamais essentielles pour guider l'humanité vers un avenir durable.

Sources consultées

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